El Bohío à Illescas : la taverne des frères Rodríguez qui vaut le détour
Critique honnête d'El Bohío, la taverne de Pepe et Diego Rodríguez à Illescas, dotée d'une étoile Michelin. Cuisine contemporaine de La Manche, prix moyen, que commander et si le détour depuis Madrid en vaut la peine.

Il y a les restaurants où l’on va parce qu’ils se trouvent sur notre chemin. Et il y a ceux pour lesquels on prend la voiture, on quitte Madrid par l’A-42 et on roule 37 kilomètres jusqu’à un village que beaucoup de gens ne connaissent que pour les bouchons du périphérique. El Bohío fait partie de la seconde catégorie. Et oui, il vaut le détour.
J’y suis allé un samedi à midi, avec ma compagne et une amie qui me demandait depuis des mois de l’emmener « au restaurant de celui de MasterChef ». Réservation faite trois semaines à l’avance — je vous prévient tout de suite que sans réservation, vous n’entrez pas —, table à 14 h 00 et le doute habituel : une étoile Michelin à Illescas peut-elle être à la hauteur du tapage médiatique qui entoure Pepe Rodríguez ? Avertissement spoiler maîtrisé : oui, mais avec des nuances qu’il vaut mieux connaître avant de prendre la voiture.
Qu’est-ce qu’El Bohío : une taverne étoilée Michelin à Illescas
Il faut d’abord comprendre le concept. El Bohío n’est pas un temple de la haute cuisine avec nappes empesées et maître d’hôtel aux cheveux gominés. C’est, littéralement et avec fierté, une taverne. Une taverne ouverte par la famille Rodríguez en 1934 et que tiennent aujourd’hui les frères Pepe Rodríguez (cuisine) et Diego Rodríguez (salle), avec une étoile Michelin qu’ils conservent depuis 1999.
Ce mot — taverne — est la clé de tout. Ici, il n’y a aucune imposture. On trouve une cuisine contemporaine de La Manche, des produits de proximité, une technique de haute cuisine appliquée à des recettes que votre grand-mère reconnaîtrait en partie, et un service qui tutoie sans rien perdre de son métier. Si vous cherchez la cérémonie des pinces et des cloches en verre, vous vous êtes trompé d’adresse. Si vous cherchez des migas réinterprétées qui vous feront repenser ce que vous entendez par « cuisine de village », vous êtes au bon endroit.
Où se trouve-t-il et comment y aller depuis Madrid
El Bohío se trouve sur l’Avenida Castilla-La Mancha, 81, à Illescas (Tolède), en pleine traversée du village. Depuis Madrid, comptez environ 40 minutes par l’A-42 en direction de Tolède, sortie 37. Il y a du stationnement dans la rue sans trop de difficulté un samedi midi, et si vous venez en train depuis Atocha, le Cercanías C-3 vous dépose à Illescas en un peu plus d’une demi-heure — la gare est à 15 minutes de marche du restaurant.
Un détail pratique : Illescas n’est pas un village au charme touristique où l’on flâne après le repas. Si vous venez en couple et souhaitez prolonger la journée, le plus logique est de rejoindre Tolède (à 30 km) ou de rentrer directement à Madrid. El Bohío est une destination en soi, pas une étape.
Les frères Rodríguez : de la taverne familiale à MasterChef
L’histoire compte, car elle explique le lieu. La taverne a été ouverte par l’arrière-grand-père en 1934 comme maison de repas pour les voyageurs et les muletiers qui traversaient Illescas en direction de Tolède ou de Madrid. Trois générations plus tard, Pepe et Diego prennent la relève dans les années 90 et renversent le modèle sans renier leurs fondations : le menu du jour disparaît, la cuisine d’auteur s’installe, l’étoile Michelin arrive en 1999 et, deux décennies plus tard, Pepe devient juré de MasterChef España et le nom du restaurant passe du circuit gastronomique au grand public.
Il convient ici de dissiper un préjugé : l’effet MasterChef n’a pas transformé ce lieu en parc à thème. Pepe est en cuisine pendant la plupart des services — je l’ai vu sortir saluer les deux tables voisines —, Diego dirige la salle avec cette aisance que l’on n’acquiert qu’après trente ans de métier, et la carte ne contient pas le moindre clin d’œil mièvre au programme. Zéro produit dérivé. Aujourd’hui, c’est presque un geste politique.
La carte : cuisine contemporaine de La Manche sans déguisement
Voici la décision importante. El Bohío propose une carte (avec des plats à la carte) et deux menus dégustation : un court et un long. Nous avons choisi le long, qui tourne autour de 125-140 € par personne sans accord mets-vins, et à la carte, comptez environ 70-90 € par personne pour deux plats et un dessert.
Les entrées qui justifient le voyage
Nous avons commencé par un gaspacho aux cerises servi bien froid, avec une pointe d’acidité qui chasse la torpeur du trajet, puis une croquette de jambon ibérique à la béchamel fondante — de celles qui gardent leur forme jusqu’à ce que vous les coupiez, avant de se rendre — qui figure, sans exagération, parmi les meilleures que j’aie mangées cette année. Suit une salade au escabeche de perdrix avec des légumes marinés du potager de Tolède : l’escabeche a juste la bonne acidité, ni vinaigrée ni sucrée, et la perdrix arrive tendre sans tomber dans la pâteuse.
Le plat principal : produits de Castille-La Manche
En plat principal, nous avons goûté deux choses. Une merlu au pil-pil de safran — ils utilisent du Safran de La Mancha AOP, et cela se sent : le pil-pil a cette teinte ocre et ce parfum que l’on n’obtient pas avec des pistils de supermarché — avec un merlu à point, une chair qui se détache sans effort. Et un agneau de lait rôti à basse température pendant plusieurs heures, terminé au four vif pour saisir la peau : la viande fond, la peau craque. Cuisine manchega dans les règles de l’art, exécutée avec la précision d’un horloger.
Les desserts et les fromages
Le fromage manchego AOP arrive sur une petite planche avec du coing maison et un peu de miel de l’Alcarria. En dessert, un riz au lait caramélisé qui est une véritable déclaration d’intention : pas de mousses bizarres, pas de sphérifications. Un riz au lait avec la croûte de sucre brûlé, comme à la maison, mais en mieux.
Le service : du métier sans poses
Diego Rodríguez dirige une salle qui fonctionne comme une horloge suisse, mais sans la froideur de certains établissements étoilés. On vous tutoie, on vous explique le plat sans réciter un discours appris, et si vous demandez la carte des vins — très bien construite autour de références de Castille-La Manche, avec de bons blancs de Méntrida et des rouges d’Uclés — on vous conseille selon ce que vous avez commandé et ce que vous voulez dépenser, sans vous pousser vers la bouteille la plus chère.
Le rythme entre les plats était correct : ni précipitation ni attente qui fait baisser la glycémie. Le repas nous a pris un peu plus de trois heures.
Prix et rapport qualité-prix
Faisons les comptes honnêtement. Trois convives, menu long pour deux, carte pour un, une bouteille de rouge d’Uclés (environ 38 €), eaux et cafés : nous en sommes ressortis pour environ 380 € au total, soit un prix moyen d’environ 125 € par personne. Est-ce cher ? Pour une étoile Michelin avec ce niveau de produit et de technique, c’est l’un des tarifs les plus raisonnables que vous trouverez à une heure de Madrid. DiverXO ou Coque évoluent dans une autre catégorie de prix. El Bohío, comparé à sa catégorie, est raisonnable.
Si vous voulez découvrir la maison sans vous ruiner, venez en semaine, commandez deux plats et un dessert à la carte, et vous repartirez pour 75-85 € par tête avec un verre de vin. C’est, pour moi, la meilleure porte d’entrée.
Verdict : faut-il aller à El Bohío ?
Note : 3 jambons 🍖🍖🍖
Incontournable. J’y emmènerais quelqu’un exprès — et d’ailleurs, je l’ai fait. El Bohío est ce qui arrive quand une famille forte de trois générations de métier refuse de se trahir : une vraie cuisine de La Manche, une technique de restaurant étoilé, un prix raisonnable pour ce qu’il propose et un service qui rappelle que bien manger, c’est aussi passer un bon moment. S’il fallait lui trouver un défaut, je dirais que le cadre (la traversée d’Illescas) ne suit pas le niveau de l’assiette. Mais une fois assis, cela cesse d’avoir de l’importance.
Pour qui c’est : les gourmets qui veulent comprendre ce qu’est la cuisine contemporaine de La Manche, les couples qui souhaitent célébrer sans ostentation, les petits groupes prêts à prendre la voiture pour un bon repas.
Pour qui ce n’est PAS : ceux qui recherchent une décoration instagrammable, ceux qui ont besoin d’être au centre de Madrid, ceux qui cherchent le spectacle de MasterChef.
Réservation : indispensable, à plusieurs semaines d’avance les week-ends. On réserve sur son site officiel.
Questions fréquentes sur El Bohío
Combien coûte un repas à El Bohío ? Le prix moyen est d’environ 75-90 € par personne à la carte, et de 125-140 € par personne avec le menu dégustation long, dans les deux cas sans accord mets-vins.
Faut-il réserver très à l’avance ? Oui. Les week-ends, les tables sont généralement complètes trois ou quatre semaines à l’avance. En semaine, une ou deux semaines suffisent en général.
Proposent-ils des options sans gluten ou pour les personnes cœliaques ? Oui, ils adaptent les menus dégustation aux intolérances et allergies si vous le signalez à la réservation. Ce n’est pas un restaurant avec une carte entièrement sans gluten, mais la cuisine sait bien gérer les adaptations.
Quel est le restaurant de Pepe Rodríguez de MasterChef ? El Bohío, à Illescas (Tolède). Il le tient avec son frère Diego Rodríguez et conserve une étoile Michelin depuis 1999.
Y a-t-il d’autres restaurants étoilés Michelin dans la province de Tolède ? El Bohío est l’une des références historiques. La province a eu et a d’autres distinctions, mais El Bohío est le plus ancien et le plus associé au grand public grâce au lien de Pepe Rodríguez avec MasterChef España.



